BRUCELLA

Le genre Brucella comprend trois espèces principales : B. melitensis, B. abortus et B. suis et des espèces plus rarement isolées (canis, neotomae et ovis). Ce sont des agents responsables d'infections animales accidentellement transmissibles à l'homme.

CARACTÈRES BACTÉRIOLOGIQUES

Ce sont de très petits coccobacilles à Gram négatif, immobiles, non sporulés et aérobies stricts.

Culture

La culture des Brucella nécessite, au moins au sortir de l'organisme, l'utilisation de milieux enrichis par du sérum ou sang de mouton.

Les conditions physiques optimales pour leur croissance est un pH à 6,8 et une température de 34°C.

B. abortus se développe mieux, en primo-culture, dans une atmosphère enrichie en CO2 .

On a longtemps recommandé de conserver les hémocultures à l'étuve pendant plusieurs semaines pour avoir des chances d'y mettre en évidence des Brucella à cause de la lenteur de leur développement.. En fait, la qualité des bouillons d'hémoculture est aujourd'hui largement suffisante pour permettre leur culture dans des délais plus raisonnables. Une agitation de ces bouillons pour favoriser l'aérobiose est toutefois utile.

Caractères biochimiques

Les Brucella possèdent oxydase, catalase et uréase. Elles n'utilisent pas le citrate et ne produisent pas d'indole ni acétyl-méthyl-carbinol (réaction de Voges-Proskauer négative). L'utilisation des sucres est lente et n'est pas décelée sur les milieux usuels car l'acidification est masquée par la production d'ammoniaque.

Structure antigénique

Les Brucella possèdent des antigènes de structure lipopolycaccharidique appelés A et M inégalement répartis selon les espèces. L'antigène A domine chez B. abortus, M chez melitensis et existe en proportion intermédiaire et égale chez suis.. Les autres espèces sont dépourvues de ces antigènes. Les anticorps anti Brucella coagglutinent (ce sont des réactions croisées) Yersinia enterocolitica O:9, Francisella tularensis, Vibrio cholerae et plus rarement Escherichia coli O:157 et certaines Salmonella.

 

Action des colorants

L'action bactériostatique de deux colorants, la fuchsine et la thionine est différente selon les espèces. La thionine inhibe la croissance de B. abortus, la fuchsine, celle de B. suis tandis que l'une et l'autre sont sans action sur B. melitensis. Le schéma ci-contre résume ces propriétés.

 

Action des bactériophages : lysotypie

Le bactériophage "Tbilissi" provoque la lyse des cultures de B. abortus ; il est sans action sur les cultures de B. melitensis et n'agit qu'à très forte concentration (10.000 DCE) sur B. suis. (La DCE ou Dose Courante d'Épreuve correspond à la plus grande dilution du phage produisant une lyse confluante sur une souche étalon)

D'autres bactériophages ont des actions lytiques et permettent de lysotyper les différentes souches.

 

DCE

10.000 DCE

abortus

+

+

melitensis

-

-

suis

-

+

Classification de Huddleson

Elle est fondée sur les résultats d'épreuves conventionnelles et permet de distinguer les différentes espèces et parmi elles les différents biotypes. Le tableau ci-dessous en fournit une version simplifiée qui intéresse les trois espèces principales.

toutefois ....

Les résultats d'hybridation ADN-ADN tendent à montrer que les Brucella ne constituent qu'un seul groupe génomique avec plus de 90% d'homologie. Ceci remet en cause la classification en 6 espèces qui ne constitueraient en fait que des biovars au sein d'une seule espèce : Brucella melitensis.

POUVOIR PATHOGÈNE

la maladie animale

la brucellose animale est souvent cliniquement inapparente mais donne lieu à des atteintes de l'appareil génital avec avortements chez les femelles et lésions testiculaires chez le mâle. La maladie atteint les caprins, les ovins, les bovins et les porcins et peut donner lieu, chez d'autres animaux domestiques, à des manifestations moins caractérisées. Dans les formes latentes, les chèvres, brebis ou vaches excrètent la bactérie par le lait qui représente donc un facteur de diffusion et favorise la contamination de l'homme par vois digestive.

Les conséquences économiques des épizooties sont désastreuses pour les éleveurs.

la brucellose humaine

La brucellose humaine est une maladie d'expression très polymorphe.

les formes inapparentes.

l'infection est totalement méconnue avant qu'un sérodiagnostic ne révèle l'existence d'anticorps spécifiques. 

les formes septicémiques.

Après une incubation de 2 à 3 semaines et un début insidieux, la maladie est marquée par de la fièvre, des sueurs profuses, une asthénie, un amaigrissement, des arthralgies et myalgies : c'est la classique fièvre ondulante sudoro-algique accompagnée d'hépatosplénomégalie et d'adénopathies. On constate, malgré le tableau infectieux, une neutropénie. A ce stade et dans cette forme, l'hémoculture (ou la myéloculture) permet un isolement de la bactérie et les anticorps spécifiques apparaissent. 

les formes localisées.

Elles surviennent après la forme septicémique ou après une forme inapparente est dans ce cas, paraissent primitives. Plusieurs localisations sont possibles mais ce sont surtout les os, les articulations qui sont atteints.

Les manifestations ostéo-articulaires sont les plus typiques : spondylodiscite lombo-sacrée, sacro-iléite ou arthrites.

Les autres troubles possibles sont des atteintes neuro-psychiques, méningo-encéphalitiques d'allure pseudo-tuberculeuse, uro-génitales (orchite), pulmonaires, hépatiques, spléniques ou cutanées. Des endocardites survenant sur valves lésées sont possibles.

les formes à rechute ou d'évolution prolongée.

Les signes généraux et les atteintes locales persistent plus d'un an. Les antibiotiques n'y font rien. Il est bien difficile de distinguer les rechutes des formes traînantes si le risque professionnel de contamination persister. Les hémoculture ou le sérodiagnostic sont souvent positifs.

la brucellose chronique.

C'est la "patraquerie brucellienne" donnant lieu à des céphalées, des malaises, une asthénie d'allure psychosomatique. Les hémocultures et le sérodiagnostic sont négatifs mais l'intradermo-réaction à la mélitine est positive et témoigne de l'étiologie brucellienne des troubles.

PHYSIOPATHOLOGIE et IMMUNITÉ

Les Brucella pénètrent dans l'organisme par voie cutanée, digestive ou respiratoire et gagnent par voie lymphatique le premier relais ganglionnaire. Elles se multiplient et disséminent dans tout l'organisme par voie sanguine et lymphatique. Elles sont phagocytées par les macrophages et y sont détruites en libérant antigène et endotoxine mais peuvent aussi s'y multiplier rapidement : les Brucella sont des bactéries "à développement intracellulaire facultatif".

L'immunité à médiation cellulaire est essentielle dans le défense de l'organisme contre l'infection brucellienne. Des lymphocytes T renforcent l'activité bactéricide des macrophages qui détruisent les bactéries au sein d'un granulome spécifique. Dans certains cas, les Brucella résistent et persistent à l'intérieur des macrophages avec risque de réactivations entretenant en outre un état d'hypersensibilité retardée responsable de la brucellose chronique.

La production d'anticorps est effective et permet le diagnostic de la maladie. Leur cinétique de production ne diffère pas de celle qu'on observe dans la plupart des infections bactériennes. Leur rôle protecteur semble réel mais secondaire par rapport à l'immunité cellulaire.

ÉPIDÉMIOLOGIE

Les Brucella sont responsables de zoonoses atteignant de nombreuses espèces animales domestiques et sauvages avec une spécificité d'hôte qui n'est pas absolue. B. melitensis frappe surtout les ovins et les caprins, abortus, les bovins et suis les porcins et les léporidés.

La brucellose humaine se rencontre surtout dans les professions exposées (éleveurs, vétérinaires, personnel d'abattoirs, bouchers, personnel de laboratoire) mais peut également frapper des citadins contaminés par voie digestive en consommant du lait cru ou des fromages souillés par la bactérie. En France, l'incidence est en diminution, on en déclare environ 120 cas chaque année avec une répartition géographique inégale. Ce chiffre ne reflète sans doute pas le nombre réel de cas de maladie. Un tiers des personnes pour qui une déclaration est répertoriée exercent une profession à risque.

DIAGNOSTIC BIOLOGIQUE

Diagnostic direct 

On recherche les Brucella par hémoculture ou par culture dans les ganglions lymphatiques, la moelle osseuse, le LCR, le liquide de ponction articulaire ou le pus de foyers suppurés. Il faut ensemencer des milieux spéciaux. L'hémoculture est surtout positive pendant la phase aiguë (exceptionnellement pendant la phase chronique de la maladie).

Diagnostic indirect

Sérodiagnostic de la brucellose

Il faut prélever le sang nécessaire à la réalisation du sérodiagnostic avant de pratiquer l’IDR à la mélitine

Les différentes réactions utilisées ne décèlent pas les mêmes anticorps ; elles peuvent donc donner des résultats discordants.

SÉRODIAGNOSTIC DE WRIGHT

C'est une réaction d’agglutination en tubes qui met en évidence les IgG et les IgM agglutinantes

Elle est positive 10-15 j assez tôt durant la maladie (c’est la plus précoce) mais se négative vite (elle est positive surtout en phase aiguë). Un titre supérieur ou égal à 80 est significatif.

Des "faux positifs" sont possibles (réaction croisée avec Yersinia enterocolitica , Vibrio cholerae et Francisella tularensis) .

La possibilité de "faux négatifs" justifie la recherche systématique d’anticorps bloquants apparaissant chez certains malades, surtout en phase chronique ; ce sont des IgA ou IgG occupant les sites antigéniques sans provoquer d’agglutination. On ajoute au tube réactionnel une goutte de témoin positif : si l’agglutination ne se produit pas, c’est parce qu’elle est empêchée par les anticorps bloquants fixés sur les Brucella.

RÉACTION A L'ANTIGÈNE TAMPONNE (ROSE BENGALE)

ou Card test ou réaction à l’antigène tamponné

C'est une réaction simple et spécifique d'agglutination rapide sur lame en milieu acide utilisant une suspension de Brucella inactivées colorées par le Rose Bengale.

Elle met en évidence les IgG et se positive plus tardivement, elle est toutefois plus sensible et reste plus longtemps positive que l’agglutination de Wright.

RÉACTION DE FIXATION DU COMPLÉMENT

n’est plus guère utilisée car délicate à mettre en oeuvre.

IMMUNOFLUORESCENCE INDIRECTE

Elle est positive plus tardivement que l’agglutination de Wright

Elle est très utile en cas de brucellose chronique car elle décèle encore des anticorps spécifiques alors que les autres réactions sérologiques se sont négativées.

IDR à la mélitine

La mélitine est un filtrat de culture de B.melitensis. On en injecte en intradermique 0,1 ml à la face antérieure de l’avant-bras (toujours faire un témoin négatif en injectant sur l’autre avant-bras du bouillon ayant servi à préparer la mélitine)

La lecture se fait après 24 à 48h. On observe, en cas de positivité, une réaction érythémateuse et un oedème local. L'IDR est positive au cours des atteintes chroniques et en est parfois le seul signe objectif.

L’apparition d'une HSR à la mélitine est plus tardive que celle des anticorps ; elle persiste très longtemps après la guérison et souvent même toute la vie.

UTILITÉ DES MÉTHODES DIAGNOSTIQUES 

EN FONCTION DU STADE DE LA MALADIE

Stade de la maladie

Hémoculture

Wright

Rose Bengale

RFC

IFI

IDR

AIGU

+++

+

+/-

+/-

+/-

-

SUBAIGU

+

+++

+++

+++

+++

+

CHRONIQUE

-

+/-

+/-

+/-

+

+++

 

SENSIBILITÉ AUX ANTIBIOTIQUES

Les Brucella sont des bactéries à développement intracellulaire facultatif ; il convient donc d'associer un antibiotique actif sur les Brucella et pénétrant dans les cellules. Les cyclines, la rifampicine, le cotrimoxazole et les phénicolés répondent à ces deux critères. On utilise souvent une association doxycycline et rifampicine ou tétracycline et streptomycine ou encore le cotrimoxazole.

Le traitement doit être prolongé durant plusieurs semaines pour éviter les rechutes.

PROPHYLAXIE

Elle repose sur la surveillance sanitaire des cheptels et l'abattage des tous les animaux dans les troupeaux infectés. Ces mesures visent à éradiquer l'épizootie. La vaccination animale est aujourd'hui interdite car elle risque de fausser les investigations diagnostiques fondées sur le sérodiagnostic qui décèlerait les anticorps vaccinaux.

Chez l'homme, les mesures de prophylaxie individuelle sont indispensables : protection contre les risques de contamination pour les professionnels par des mesures d'hygiène et consommation de produits laitiers pasteurisés.

Le vaccin antibrucellien à usage humain n'est plus fabriqué depuis fin 1992

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