HAEMOPHILUS

Les Haemophilus sont des coccobacilles à Gram négatif, apparaissant souvent polymorphes dans les produits pathologiques, immobiles, non sporulés, aéro-anaérobies facultatifs, exigeant pour se multiplier des facteurs de croissance présents dans le sang.

FACTEURS DE CROISSANCE

MILIEUX DE CULTURE

Les milieux convenant pour l’isolement des Haemophilus doivent contenir, selon les espèces, soit le facteur X, soit le facteur V soit encore les deux facteurs. La base des milieux est donc constituée d’un bouillon ou d’une gélose ordinaires enrichis par les facteurs de croissance.

Le sang frais ne convient pas car le facteur V, intraglobulaire, ne diffuse pas dans le milieu et surtout parce que le sang contient une NADase.

Le sang chauffé à 75°C, ou " sang cuit " apporte les facteurs X et V : l’hémine est thermostable et la NADase est détruite à cette température. Le chauffage doit cependant être modéré car le NAD ne résiste pas au delà de 100°C.

La gélose au sang cuit est aussi appelée gélose chocolat ("chocolate agar ") à cause de la couleur que lui donne le sang dénaturé.

L’extrait Fildes " est une digestion peptique de sang de mouton contenant les facteurs X et V. Il permet d’obtenir des milieux transparents.

Certaines bactéries (comme Staphylococcus aureus) produisent une grande quantité de NAD : la culture des Haemophilus exigeant les facteurs X et V est possible sur gélose au sang frais (qui fournit le facteur X) le long d’une strie de culture de Staphylococcus aureus (qui fournit le facteur V) : c’est le phénomène du satellitisme.

L’extrait de levure contenant du NAD ou du NADP est source de facteur V.

Les concentrations finales en facteurs X et V nécessaires dans les milieux varient, selon les espèces, de 0,5 à 25 mg par millilitre.

On peut utiliser, pour l’isolement, des milieux sélectifs contenant des antibiotiques (bacitracine, vancomycine).

CLASSIFICATION

Le classement des différentes espèces d’Haemophilus repose sur les exigences en facteurs de croissance et sur des caractères biochimiques (tableau I).

Tableau I

Besoin en facteur X

Besoin en facteur V

Oxydase

Catalase

Uréase

Indole

H. influenzae

+

+

+

+

(+)

(+)

H. haemolyticus

+

+

+

+

(+)

V

H. parainfluenzae

-

+

+

V

(- )

 

H. paraphrophilus

-

+

+

-

-

-

H. segnis

-

+

-

-

-

-

H. aphrophilus

+

-

-

+

-

-

H. haemoglobinophilus

+

-

+

(+)

-

+

H. ducreyi

+

-

-

-

-

-

HABITAT

Les Haemophilus font partie de la flore des muqueuses de l’homme et de nombreux mammifères et oiseaux. On n’en trouve pas dans la nature.

Chez l’homme, quatre écosystèmes les accueillent : le pharynx, la bouche, la plaque dentaire et, à un degré moindre, l’intestin et l’appareil urogénital.

Pouvoir pathogène

Haemophilus influenzae est, de loin, l’espèce du genre la plus souvent impliquée au cours des infections humaines, en particulier chez l’enfant.

Les autres espèces rencontrées chez l’homme (parainfluenzae, haemolyticus, paraphrophilus, aphrophilus, haemoglobinophilus, segnis) sont des commensales opportunistes pouvant occasionner des infections de la sphère oto-rhino-laryngologique et, surtout chez l’immunodéprimé, une septicémie avec métastases infectieuses, ou une endocardite.

Haemophilus ducreyi est l’agent responsable d’une affection vénérienne : le chancre mou.

Haemophilus aegyptius ou bacille de Weeks (variété d’Haemophilus influenzae III) est classiquement responsable de conjonctivites.

HAEMOPHILUS INFLUENZAE

Aussi appelé bacille de Pfeiffer, Haemophilus influenzae a été ainsi dénommé car, jusqu’à la mise en évidence du virus grippal en 1933, on l’a cru responsable de la grippe (ou influenza).

BACTÉRIOLOGIE

C’est un coccobacille polymorphe, à Gram négatif, immobile, non sporulé, parfois capsulé, ne se multipliant qu’en présence de facteurs X et V.

Caractères biochimiques

Haemophilus influenzae possède une catalase et une oxydase. Il fermente glucose, maltose, ribose et xylose mais pas le lactose ni le saccharose. Des tests biochimiques permettent de séparer 8 biotypes numérotés de I à VIII. Le biotype I est le plus fréquemment isolé.

Antigènes

Les souches capsulées possèdent un antigène polysaccharidique lié à la capsule dont il existe six variants déterminant 6 sérovars : a, b, c, d, e, f. Le sérovar b est le plus fréquemment rencontré. Ces polysaccharides capsulaires, dont la structure chimique est connue, peuvent être identifiés par des réactions immunologiques en présence d’anticorps spécifiques.

D’autres structures de surface présentes chez Haemophilus influenzae sont antigéniques et peuvent être utiles pour des études épidémiologiques. Ainsi, les pili, porteurs d’adhésines, les oligosaccharides du core central du LPS de la paroi et les protéines de surface déterminent des sous-types au sein des sérovars. A noter qu’il n’existe pas de chaînes latérales osidiques et donc pas de spécificités O chez les Haemophilus.

IgA protéases

Haemophilus influenzae produit une enzyme capable de cliver les IgA. On trouve cette enzyme chez d’autres Haemophilus et chez d’autres bactéries (Streptococcus pneumoniae, Neisseria meningitidis et gonorrhoeae. Sa présence amoindrit les défenses locales des muqueuses infectées.

Facteurs de virulence

Les principaux facteurs de virulence sont, en premier lieu, le polysaccharide capsulaire et ensuite, les pili porteurs d’adhésines et les IgA protéases.

POUVOIR PATHOGÈNE

Haemophilus influenzae est une bactérie pyogène responsable d’infections variées, plus sévères chez l’enfant ou les sujets fragiles. Il convient de distinguer des infections aiguës avec bactériémie occasionnées par des souches invasives, capsulées, (du sérovar b, biotype I le plus souvent) et des infections aiguës ou chroniques, sans bactériémie, provoquées par des souches non capsulées.

ÉPIDÉMIOLOGIE - IMMUNITÉ - PHYSIOPATHOLOGIE

Haemophilus influenzae était la cause la plus fréquente de méningite chez l’enfant entre 3 et 36 mois avant qu'on dispose du vaccin mais elle est maintenant de plus en plus rare. Il vient au deuxième rang, après Streptococcus pneumoniae, dans l’étiologie des otites moyennes aiguës.

C’est un hôte exclusif de l’espèce humaine, la transmission est donc interhumaine. Les enfants sont presque obligatoirement contaminés après l’âge de 2 mois car le portage est très fréquent dans la population. Ce sont surtout des souches capsulées que l’on isole chez les nourrissons qui sont démunis d’anticorps anticapsulaires tandis que les adultes et grands enfants ont des anticorps et sont porteurs de souches commensales non capsulées.

L’organisme ne peut pas empêcher le commensalisme des Haemophilus mais s’oppose à la généralisation de l’infection grâce à ces anticorps anticapsulaires à effet opsonisant et au système du complément. Les IgA sécrétoires protègent plus spécialement les muqueuses.

Les infections à Haemophilus influenzae commencent par une colonisation de la muqueuse pharyngée ou des voies respiratoires supérieures souvent favorisée par une infection virale intercurrente. Survient alors une extension locale avec réaction inflammatoire. Si les défenses sont efficaces et la souche peu virulente, l’infection reste localisée, sinon les ganglions lymphatiques sont envahis, entraînant une propagation bactériémique et systémique.

DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE

L’examen direct du produit pathologique est souvent évocateur grâce à la morphologie particulière du germe.

La mise en culture doit être rapide car le germe est fragile et beaucoup d’échecs sont dus à de mauvaises conditions de prélèvement. On doit ensemencer sur gélose au sang cuit ou gélose chocolat, parfois sur milieux d’isolement contenant des antibiotiques. On incube ensuite à 36°C. Les colonies, obtenues après 24 heures, sont petites, blanc grisâtres et luisantes si la souche est capsulée.

L’identification repose sur la morphologie et sur les exigences en facteur X et V qu’on met en évidence par exemple par le test du satellitisme ou par culture en présence de NAD et d’hémine. On emploie souvent des disques de papier-buvard imprégnés de substance X ou V ou X+V. Haemophilus influenzae ne se développe qu’autour du disque X+V.

L’étude des caractères biochimiques (uréase, ornithine décarboxylase et production d’indole) permet de reconnaître le biotype et des réactions d’agglutination sur lame en présence de sérums spécifiques permettent de reconnaître le sérotype si la souche est capsulée.

Un diagnostic rapide peut être obtenu grâce à la mise en évidence d’antigènes solubles dans les humeurs du malade (LCR, sérum, urines) à l’aide d’un réactif constitué de particules de latex recouvertes d'anticorps antipolysaccharidiques.

SENSIBILITÉ AUX ANTIBIOTIQUES

Le fait le plus marquant concernant l’effet des antibiotiques sur Haemophilus influenzae est l’émergence de souches résistantes à l’ampicilline par production de bêtalactamase. Des résistances aux tétracyclines, chloramphénicol et kanamycine sont souvent associées et, en testant ces quatre antibiotiques, on détermine une douzaine de phénotypes de résistance.

La sensibilité est conservée pour les pénicillines A associées à un inhibiteur de ß lactamase, les céphalosporines de deuxième et troisième génération, les quinolones fluorées et la gentamicine. De rares souches résistent au cotrimoxazole. Les lincosamines sont généralement inactives et les macrolides irrégulièrement efficaces.

Les souches capsulées opposent une plus grande résistance que les souches non invasives mais il faut faire un antibiogramme et une recherche de bêtalactamase sur toutes les souches isolées.

VACCIN

La détection dans le sérum d’anticorps anti-capsulaires, a incité les chercheurs à utiliser les polysaccharides capsulaires comme vaccin. Le polyribosyl-ribitol-phosphate (PRP) qui caractérise les souches du sérotype b s’étant montré peu immunogène (antigène T indépendant), on l’a associé à des protéines pour produire des vaccins conjugués.

On a ainsi associé le PRP à :

En France, on dispose du vaccin PRP-T commercialisé sous les appellations : HIBestÒ ou Act-HIBÒ .

La vaccination doit être recommandée chez les nourrissons entre 3 et 12 mois. Elle nécessite trois injections à un mois d’intervalle avec rappel après un an. Elle peut être associée aux vaccinations antidiphtérique, antitétanique, anticoquelucheuse et antipoliomyélitique (PentacoqÒ ). Son utilisation a permis une diminution sensible de la fréquence des méningites à Haemophilus qui représente la forme la plus sévère des pathologies dues à cette bactérie.

PETITS BACILLES A GRAM NÉGATIF FERMENTATIFS EXIGEANTS

Ces petits bacilles à Gram négatifs fermentant le glucose, se développent lentement et difficilement ("fastidious bacteria") sur des milieux enrichis, en particulier sur gélose au sang.

Leur taxonomie est mal codifiée : certains sont voisins des Haemophilus : ce sont Cardiobacterium hominis, Eikenella corrodens, Actinobacillus actinomycetecomitans, d'autres des Pasteurella : Capnocytophaga et d'autres des Neisseria : Kingella.

Ce sont des commensaux des voies respiratoires, de la bouche et du tube digestif et ne se rencontrent pas dans la nature. On les isole au cours d'infections diverses et dans des endocardites compliquant des infections dentaires en particulier chez des porteurs de prothèses valvulaires. Il est habituel de réunir dans le "groupe HACEK" les genres ou espèces souvent isolés dans des hémocultures : Haemophilus aphrophilus et paraphrophilus, Actinobacillus, Cardiobacterium, Eikenella et Kingella

On peut les reconnaître d'après leur morphologie et les distinguer selon certains caractères biochimiques et enzymatiques (oxydase, catalase, indole et nitrate-réductase).

Ils sont assez sensibles aux antibiotiques et en particulier aux associations Pénicilline-Aminoside mais les traitements doivent être poursuivis pendant plusieurs semaines.

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