VIBRIONACEAE

La famille des Vibrionaceae réunit des bacilles Gram négatif, mobiles à ciliature polaire ou immobiles, se développant sur milieu nutritif ordinaire, réduisant les nitrates en nitrites, présentant une réaction à l'oxydase positive, fermentant les glucides.

Ces bactéries peuvent être confondues avec des bacilles à gram négatif de phénotype proche :

Pm = polaire monotriche, Pl = polaire lophotriche, Pr = péritriche

Après avoir longtemps été reliés à la famille des Vibrionaceae du fait de leurs caractères phénotypiques, les genres Aeromonas et Plesiomonas sont actuellement classés respectivement dans la famille des Aeromonadaceae et des Enterobacteriaceae sur la foi d'études génotypiques. Compte-tenu de leurs particularités phénotypiques (bacilles à Gram négatif fermentatifs oxydase +), ils font l'objet d'un chapitre à part.

VIBRIO

Le genre vibrio rassemble des bacilles gram négatif, non sporulés, à la forme de bâtonnets droits et incurvés, très mobiles grâce à un cil polaire. Les Vibrio possèdent une oxydase, ce qui les distingue des entérobactéries. Aéro-anaérobies, ils fermentent le glucose sans gaz, ce qui les différencie des pseudomonas.

De nombreuses espèces sont saprophytes et retrouvées dans les eaux de surface ou dans l'eau de mer.

Trois espèces sont pathogènes pour l'homme : V. parahaemolyticus, V. alginolyticus et surtout V. cholerae.

VIBRIO CHOLERAE

CARACTERES BACTERIOLOGIQUES

Il existe de nombreux sérotypes de vibrio cholerae. Les vibrions cholériques variété cholerae et el tor, agents du choléra, appartiennent au sérotype O:1.

A l'intérieur du groupe O:1, trois types sérologiques peuvent être distingués en utilisant des antisérums agglutinants monospécifiques (Ogawa, Inaba, Hikojima).

L'isolement et l'identification des vibrions cholériques sont simples. Le germe cultive facilement sur milieu ordinaire, supporte un pH de 9 et une concentration de 3% de NaCl. Ces propriétés sont utilisées pour la fabrication de milieux de transport, d'enrichissement et sélectifs.

La présence d'une oxydase est essentielle pour le diagnostic bactériologique. Aéro-anaérobie, il fermente le glucose sans gaz, réduit les nitrates en nitrites et produit de l'indole (cholera roth).

Il possède une lysine décarboxylase, une gélatinase et est sensible au composé vibriostatique O/129.

HABITAT ET EPIDEMIOLOGIE

L'homme est le réservoir et le disséminateur des vibrions cholériques. V. cholerae se trouve dans les selles des malades, des convalescents et des porteurs sains. Dans les zones d'endémie, le nombre de porteurs sains est beaucoup plus important que celui des malades.

La transmission se fait par l'eau, les aliments ou les mains sales, souillés par les matières fécales. La survie du germe est faible dans le milieu extérieur.

La septième pandémie sévit depuis 1961. Partie du Sud-Est asiatique, elle a atteint l'Afrique et le pourtour méditerranéen. En France, quelques cas sont diagnostiqués chaque année chez des voyageurs revenant des pays infestés.

POUVOIR PATHOGENE

Après ingestion, le vibrion cholérique, qui s'implante plus facilement chez les sujets dénutris ayant une hypoacidité gastrique, se multiplie dans l'intestin grêle. Il produit une exotoxine protéique qui est responsable de la maladie en activant l'adénylcyclase cellulaire, ce qui entraine un accroissement de l'AMP cyclique des entérocytes. Il s'ensuit une fuite d'eau, de chlorures, de sodium, de potassium et de bicarbonates.

Le choléra est donc une toxi-infection intestinale aiguë, caractérisée par une diarrhée aqueuse considérable (selles eau de riz), accompagnée de vomissements et pouvant aboutir rapidement à une déshydratation aiguë et au collapsus cardio-vasculaire.

DIAGNOSTIC BACTERIOLOGIQUE

Le germe ne franchissant pas la paroi du tube digestif, on ne peut l'isoler que des vomissements ou des selles.

L'examen direct à l'état frais révèle la présence de bacilles très mobiles, en forme de virgule, groupés en "bancs de poissons" ou en "vols de mouettes".

Les colonies suspectes, plates et transparentes sur gélose ordinaire, sont repérées et on vérifie qu'il s'agit de bacilles Gram négatif, incurvés, possédant une oxydase avant de procéder à une agglutination par le sérum O:1. L'identification complète est effectuée ensuite.

Dans les selles de porteurs sains ou dans les prélèvements du milieu extérieur, les vibrions sont mélangés à de nombreuses autres espèces bactériennes, aussi faut-il procéder à des enrichissements par passages successifs, toutes les 4 heures, en eau peptonée alcaline, avant de repiquer sur des milieux sélectifs comme la gélose TCBS (thiosulfate, citrate, bile, saccharose), milieu sur lequel le vibrion cholérique se développe en utilisant le saccharose et en donnant des colonies jaune opaque.

Une identification complète est ensuite effectuée.

Remarque : un envoi à distance est possible si l'analyse ne peut être faite sur place (milieu de transport ou buvard dans un sachet plastique hermétique pour conserver une atmosphère humide).

SENSIBILITE AUX ANTIBIOTIQUES

V. cholerae est habituellement sensible aux antibiotiques, notamment aux sulfamides et aux tétracyclines. Cependant, quelques souches résistantes ont été signalées.

Dans le choléra-maladie, l'intérêt des antibiotiques est faible, comparé à l'importance de la correction des troubles hydro-électrolytiques.

PREVENTION

VIBRIO ALGINOLYTICUS

Vibrion halophile, hôte normal des moules, isolé de poissons et fruits de mer variés.

Chez l'homme, il a été isolé de pus d'otites et de conjonctivites, de lésions cutanées, surtout après baignade dans l'eau de mer. Ce germe a été exceptionnellement isolé d"expectorations.

Les souches sont souvent résistantes à : ampicilline, carbénicilline, céfalotine et triméthoprime.

VIBRIO PARAHAEMOLYTICUS

Vibrio halophile, surtout responsable de toxi-infections alimentaires ou d'entérites aiguës graves survenant après ingestion de poissons de mer ou de crustacés. L'entérite à V.parahaemolyticus est fréquente au Japon et n'est pas rare en Afrique. Des épidémies ont été signalées aux USA et sur des navires de croisière.

A côté des formes digestives, des suppurations diverses et quelques septicémies graves ont été décrites.

Ce germe est souvent résistant à : ampicilline, carbénicilline, céfalotine et triméthoprime.

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