LISTERIA MONOCYTOGENES

Décrite pour la première fois en 1926, Listeria monocytogenes a été considérée, jusque dans les années 50, comme une curiosité bactériologique. Depuis, on s'est rendu compte que, si les infections qu'elle occasionnait n'étaient pas très fréquentes, elles étaient par contre graves, donnant souvent lieu à des atteintes neuro-méningées en particulier chez les nouveau-nés ou chez les sujets âgés. En France, une importante épidémie observée en 1992 avec 300 cas répertoriés et 50 décès a placé la bactérie au premier rang des préoccupations des autorités sanitaires.

BACTERIOLOGIE

Listeria monocytogenes est un bacille à Gram positif, non capsulé, non sporulé, mobile à 20C mais immobile à 37C qui se développe facilement sur milieux usuels ou sur gélose au sang où les colonies s'entourent d'une zone de ß hémolyse. Il est aéro-anaérobie facultatif. Il est capable de se multiplier à de très basses températures (jusqu'à 2C).

Il possède une catalase mais pas d'oxydase ; il fermente le glucose sans dégager de gaz, produit de l'acétyl-méthyl-carbinol (réaction de Voges-Proskauer +). Il ne possède pas d'uréase, ne produit ni indole ni H2S mais hydrolyse rapidement l'esculine. Le camp-test, en présence de Staphylocoques, est positif.

Listeria monocytogenes : Gram

Listeria monocytogenes : Hémolyse

ANTIGENES

Les antigènes somatiques sont des acides téichoïques de la paroi. Ils sont au nombre de 15 (I à XV) et les antigènes flagellaires, protéiques, au nombre de 5 (A, B, C, D, E). La combinaison des deux types d'antigènes détermine 17 sérovars différents mais en France, le sérovar 4b domine largement avec les sérovars 1/2a et 1/2b.

Listeria monocytogenes produit une listériolysine suscitant la formation d'antilistériolysines.

LYSOTYPES

On dénombre 25 lysotypes parmi les souches des sérovars 1 et 119 pour celles des sérovars 4.

POUVOIR PATHOGENE

Listeria est souvent décrite comme une bactérie opportuniste occasionnant des troubles chez les sujets fragiles ou immunodéprimés. En fait, elle peut très bien se comporter comme une bactérie virulente frappant les sujets en parfaite santé.

PHYSIOPATHOLOGIE

Le rhino-pharynx et surtout le tube digestif constituent les portes d'entrée des Listeria.

Les bactéries pénètrent dans les cellules et passent dans le sang ; elles sont captées par les cellules phagocytaires du foie et de la rate où elles se multiplient et envahissent le parenchyme environnant jusqu'aux capillaires sanguins. Une deuxième décharge dans la sang conduit les bactéries jusqu'au système nerveux central provoquant encéphalite et méningite.

Listeria monocytogenes est une bactérie à développement intracellulaire. Elle pénètre dans la cellule par phagocytose. Inclue alors dans le phagolysosome, elle échappe à la destruction grâce à la production de listériolysine qui détruit la membrane vacuolaire et se trouve alors libre dans le cytoplasme où elle se multiplie activement. Elle provoque la polymérisation de l'actine cellulaire et s'en trouve mobilisée jusqu'à la membrane cytoplasmique formant des évaginations et poussant des pseudopodes à l'intérieur des cellules voisines qui sont donc infestées de proche en proche.

IMMUNITE

Listeria monocytogenes déclenche une réponse immunitaire à médiation cellulaire qui, sous l'effet de cytokines, provoque l'afflux de macrophages vers les sites infectieux constituant des granulomes inflammatoires où les bactéries sont détruites. Les lymphocytes T mémoire perpétuent un état de résistance à l'infection.

Les anticorps n'ont guère d'effets protecteurs.

HABITAT - EPIDEMIOLOGIE

Les Listeria sont présentes partout, dans l'environnement, chez les animaux et chez l'homme. Elles sont très résistantes.

L'homme est contaminé principalement par voie digestive ; la contamination directe est très rare sauf en cas de transmission foeto-maternelle.

La présence fréquente de Listeria dans les aliments est sans doute facilitée par la possibilité qu'a la bactérie de se développer aux basses températures des chambres froides. Les sources de contamination sont les produits laitiers, les fromages au lait cru à pâte molle, les pâtés, rillettes, viande hachée et les légumes crus ou vendus sous vide.

L'évolution des habitudes alimentaires n'est sans doute pas étrangère à l'accentuation du mode épidémique de l'infection.

DIAGNOSTIC BIOLOGIQUE

On isole les Listeria des produits pathologiques (ou des aliments) par culture essentiellement.

Le développement est possible sur milieux usuels mais on préfère utiliser une gélose au sang pour détecter l'hémolyse. L'adjonction d'acide nalidixique (NégramR) fait de la gélose un milieu sélectif utile en cas de prélèvement multimicrobien.

L'identification se fonde sur la morphologie et les propriétés biochimiques (Gram +, catalase +, VP +, esculine+...). Un sérotypage de la souche est possible en utilisant des antisérums agglutinants (les sérums anti 1 et 4b sont commercialisés).

Le sérodiagnostic a peu d'intérêt. On utilise des suspensions antigéniques tuées de sérovars 1 et 4b pour une réaction d'agglutination en tube. Les titres doivent être supérieurs à 320 pour être considérés comme significatifs. La recherche dans le sérum de la mère d'anticorps spécifiques de la souche isolée chez un nouveau-né permet de démontrer rétrospectivement l'infection maternelle.

Le dosage d'antilistériolysine a fait l'objet de publications mais aucun réactif n'est commercialisé à ce jour.

SENSIBILITE AUX ANTIBIOTIQUES

Listeria monocytogenes est sensible à la plupart des antibiotiques. Les lincosamides sont toutefois naturellement sans effet, les céphalosporines et nouvelles quinolones sont peu actives.

Le traitement préconisé le plus souvent est une association ampicilline et gentamicine. Il doit être maintenu pendant plusieurs semaines.

AUTRES ESPECES

Le genre Listeria comprend sept espèces.

On les distingue par leurs caractères biochimiques.

Seuls L. monocytogenes (homme, animal) et L. ivanovii (animal) sont pathogènes.

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