ARBOVIRUS ET ARBOVIROSES

Généralités

Il existe actuellement plus de 500 arbovirus : 50 sont pathogènes pour l'homme, provoquant en général une infection fébrile bénigne. Seuls quelques-uns sont responsables d'affections graves (fièvre jaune).

C'est un ensemble de virus très hétérogènes du point de vue de leur structure. Par contre, leur transmission se fait par un mécanisme commun, la piqûre d'arthropode hématophage. Le virus se multiplie obligatoirement chez le vecteur (il ne s'agit pas d'un simple transport passif). Ce mode de transmission et de multiplication définit et fait l'unité des arbovirus ( arbovirus dérive de l'anglais : arthropode borne virus).

Répartition

Les arbovirus sont quasi ubiquitaires. Ils sont retrouvés jusqu'au niveau du cercle polaire, mais sont essentiellement concentrés dans les zones tropicales.

Leur présence en région tempérée comme la France n'est pas rare. Ils sont retrouvés assez constamment dans le Midi (Roussillon), la Corse et l'Alsace. A ces virus Français se surajoutent les cas d'importations (qui sont les plus graves) liés à la banalisation du grand tourisme.

La classification : 4 grandes familles et 2 annexes

1) Les Togavirus (+++)

Ce sont des virus à ARN, de symétrie cubique isocaédrique, enveloppés. Ils comprennent 4 genres dont 2 sont responsables d'arboviroses.

Les Pestivirus (responsable de la peste porcine cosmopolite) et les Rubivirus (Rubéole) n'engendrent pas d'arboviroses.

2) Les Bunyaviridae (++)

Ces virus à ARN, de symétrie hélicoïdale, enveloppés, de 100 nm de diamètre, comprennent 4 genres principaux.

Les Bunyavirus like (en cours de classification )

Les Hantavirus sont responsables de fièvres hémorragiques mais pas d'arboviroses.

3) Les Réoviridae

Ces virus à ARN, de symétrie cubique, non enveloppés, de 75 nm de diamètre, comprennent 3 genres :

4) Les Rhabdoviridae

Ces virus de structure similaire à celui de la rage (enveloppés, à ARN, en forme d'obus) comprennent 2 genres :

5) Les Nodaviridae

Cette famille ne comprend qu'1 genre, le nodavirus, et qu'1 espèce le nodamura (Japon)

6) Les Iridoviridae

Un genre, l'iridovirus, est responsable de la peste porcine : il sévit essentiellement en Afrique mais s'étend vers l'Europe.

Epidémiologie

Les arboviroses surviennent par bouffées épidemiques entrecoupées par des intervalles de temps plus ou moins longs. Elles sont limitées géographiquement ou suivent des axes de migration (oiseaux). Le réservoir de virus est très important.

Le réservoir de virus est composé primitivement par les animaux réceptifs, surtout les rongeurs, les singes et les oiseaux. Le virus est transmis aux arthropodes hématophages (moustiques : culex, aedes ; psycodidae : phlébotome ; tiques : ixode et argas ; simulie ; taon ; punaise ; puce) lors de leur repas sanguin. Le virus se multiplie chez l'hôte vecteur sans l'affecter et reste présent chez l'insecte durant toute sa vie puis est de nouveau transmis aux animaux réservoirs au repas suivant. L'homme est un hôte accidentel dans le déroulement de ce cycle et se contamine de 2 façons :

On observe une nette recrudescence estivale. En hiver, le virus est conservé chez les animaux à sang chaud, chez les rongeurs qui hibernent, ou sont transmis aux oeufs des arthropodes (transmission trans-ovarienne).

On décrit 3 formes épidemiques :

1) une purement animale : fièvre porcine Africaine, fièvre équine dont l'importance est essentiellement économique.
2) une mixte (anthropozoonose), rencontrée au cours de la quasi-totalité des arboviroses. Il s'agit de pathologies primitivement animales qui ne sont transmises qu'accidentellement à l'homme.
3) une purement humaine :  dengue, fièvre à phlébotomes.
 

La symptomatologie

Des arboviroses dues à des types viraux différents peuvent donner des signes cliniques identiques et, à l'inverse, une arbovirose peut donner des tableaux cliniques différents. Il existe 3 grands types de formes cliniques :

1) Les états fébriles indifférenciés ou pseudo-grippaux

Exemple typique : la Dengue (Flavivirus), qui associe :

- Une fièvre d'apparition brutale.
- Des algies intenses (céphalées, myalgies, arthralgies, photophobies)
- Une éruption scarlatiniforme ou morbiliforme prurigineuse.
- Une leuco-thrombopénie.

Cette association de signes est assez banale au cours d'une virose et, par conséquent, en l'absence d'un contexte particulier suffisant, est souvent étiquetée comme une "grippe d'été" qui, par ailleurs, guérit spontanément sans séquelles en 3 à 7 jours.

Diagnostic différentiel : les autres viroses bénignes.

2) Les fièvres hémorragiques

Exemple typique : la fièvre jaune (Flavivirus)

Il s'agit d'arboviroses graves (70 à 80 % de mortalité). Le tableau clinique initial est identique, mais rapidement apparaissent des signes de gravité (hépato - néphrite et hémorragies viscérales ou muqueuses qui font toutes la gravité du tableau clinique).

Diagnostic différentiel (difficile) : les fièvres hémorragiques virales (les Arenavirus : fièvre de Lassa ; Hantavirus : fièvre hémorragique avec syndrome rénal ; Filovirus : fièvres hémorragiques de Marburg, Ebola) et autres étiologies (CIVD, ....)

3) Les formes encéphalo-méningées

Exemple typique : l'encéphalite Japonaise (Flavivirus), qui associe des signes méningés (raideur de nuque, photophobie, vomissement...) et des signes encéphaliques (troubles neurologiques périphériques, troubles de la conscience, troubles végétatifs). On ne note pas d'éruption vraie. L'évolution dépend du virus : de 0 % de décès pour le West Nile à 70 % pour la méningo-encéphalite Australienne.

Diagnostic différentiel : autres viroses responsables d'atteinte cérébrale (Herpès virus, Epstein Barr virus, Varicelle - Zona, Rage, Rougeole, Oreillons, Rubéole, Entérovirus, CMV, Adénovirus) et autres étiologies des méningo-encéphalites (Bactérienne : rickettsie, BK ....; Parasitaire : paludisme, amibiase.....).
 

Le diagnostic biologique des arboviroses

1) Par l'isolement du virus

Il se recherche dans le sang dès les 3 premiers jours de la maladie (dans les formes méningées ou encéphaliques, on le recherche dans le LCR).

On isole le virus par :

- inoculation au souriceau nouveau-né ( peu spécifique et long)
- culture cellulaire (cellules HELA (fibroblastes) ou KB (rein de singe))
- inoculation au moustique et révélation par immunofluorescence

Ces techniques ne sont pas de manipulation facile (danger de contamination par coupure, inhalation...) et sont réservées à des laboratoires spécialisés.

2) Par sérodiagnostic

On compare le taux d'un sérum précoce avec celui d'un sérum prélevé 15 jours plus tard : le titre doit être 4 fois supérieur au premier prélèvement pour être significatif.

Le sérodiagnostic n'est cependant pas spécifique d'un virus, mais d'un groupe antigénique correspondant en fait à de nombreux virus. Ce test n'est donc pas spécifique.
 

La fièvre jaune

La fièvre jaune est une arbovirose responsable d'une hépatonéphrite avec tendance hémorragique, présente en Amérique du Sud et en Afrique. Elle n'existe pas en Asie, ni en Océanie. Cette maladie est actuellement en recrudescence nette en Afrique, mais devient rare en Amérique du Sud.

L'agent

L'agent est un Togavirus du genre Flavivirus transmis par un moustique Aedes. Ce virus à ARN mesure 35 nm, a une symétrie cubique, est enveloppé.

Epidémiologie

La fièvre jaune touche 200.000 personnes et provoque 30.000 décès par an. Elle se présente sous 3 formes :

Les aspects cliniques

La maladie se déroule en 3 phases, après une incubation silencieuse de 3 à 10 jours, et débute brutalement :

1) La phase rouge virémique (3 à 4 jours), qui associe :

A ce stade, la rate et le foie sont normaux. Dés le 3e jour apparaissent des signes hémorragiques (épistaxis, gingivorragies) et des signes d'atteinte rénale (oligurie, albuminurie).

2) La phase de rémission (maximum 24 h)

Trompeuse et faussement rassurante durant quelques heures.

3) La phase jaune

Reprise de la température avec dissociation du pouls, des douleurs, des troubles digestifs.
Les signes hémorragiques sont importants (hématémèse : le vomito negro)
L'atteinte rénale s'aggrave : oligurie, anurie, albuminurie majeure et élévation de l'azotémie (urée).
Installation de l'atteinte hépatique : ictère cutanéo-muqueux.
 

L'évolution est :

Les formes cliniques Le diagnostic différentiel

Hépatite, leptospirose (atteinte rénale), paludisme (douleur musculaire), autres arboviroses, autres fièvres hémorragiques (Lassa, Marbourg, Ebola....).

Les arguments biologiques de présomption

Dans le sang :

- granulopénie
- élévation de la VS
- allongement du TP TCA
- élévation des transaminases, de la bilirubine, de l'urée.
Dans les urines : - Albuminurie, cylindrurie, hématurie. Les arguments biologiques de certitude sont apportés par les résultats de l'inoculation, de la culture et de la sérologie.

L'histopathologie

Elle permet de confirmer rapidement le diagnostic de fièvre jaune en cas de décès suspect et de prendre ainsi les mesures prophylactiques qui s'imposent.
On observe dans le foie une nécrose, une distorsion trabéculaire, une stéatose, et l'existence de corps de Councilman.
 

Le diagnostic positif est porté devant l'association :

Fièvre, ictère (inconstant), hémorragie, albuminurie.
    + chez un sujet non vacciné (ou vaccin ancien) ou non immunisé.
    + revenant d'une zone d'endémie.
 

Le traitement

Symptomatique : réhydratation, couverture ATB, interféron, transfusions...
 

Dispositions légales et prophylaxie

Les arboviroses en France

7 virus sont en cause, 3 sont transmis par des moustiques, les autres par des tiques. Leur incidence reste réduite. Ils sont responsables en général de "grippes d'été", de méningites virales, d'encéphalites d'évolution simple.

1) Le virus West Nile

C'est un flavivirus présent autour du bassin méditerranéen (Camargue, Nice) transmis par un culex. Le réservoir animal est l'oiseau.
Il est responsable d'un syndrome pseudo-grippal et de syndromes fébriles indifférenciés de l'été, avec parfois des signes encéphalitiques. Quelques cas mortels ont été décrits.

2) Le virus Tahyna

C'est un bunyavirus transmis par un aedes. Il est présent en Camargue, Languedoc et Alsace. Les animaux réservoirs sont le lapin et le lièvre. Il est responsable de syndromes pseudo-grippaux.

3 ) Le virus de la fièvre à phlébotomes

C'est un phlebovirus transmis par un phlébotome, dont le réservoir est constitué par les rongeurs sauvages. Il est responsable d'états fébriles.
Les virus voisins sont transmis par des tiques.

4 ) Le virus de l'encéphalite Européenne à tiques

L'agent est un Flavivirus responsable d'une méningo-encéphalite. Il se répartit sur l'Europe de l'est et du centre. En France, il se rencontre en Alsace. Les animaux réservoirs sont le mulot et le campagnol.
 

5 ) Les autres virus

Leur pouvoir pathogène est incertain chez l'homme.

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