LE VIRUS D’EPSTEIN-BARR (EBV)

En 1958, un chirurgien anglais, Dennis Burkitt, revient d’un séjour en Ouganda avec la description d’un lymphome endémique siégeant au niveau du maxillaire supérieur de jeunes enfants noirs : le lymphome de Burkitt.
L’hypothèse que ce lymphome soit induit par un virus amène Epstein et Barr à tenter l’isolement d’un virus à partir de la tumeur : aucun virus n’est démasqué.
En 1964, les deux chercheurs tentent l’impossible : jusqu’ici aucune culture de cellule lymphocytaire n’a pu être réalisée. Les lymphocytes du lymphome sont devenus immortels et cultivent. Un virus est isolé : le virus d’Epstein-Barr.
En 1966, Henle utilise ces lymphocytes comme source d’antigène et constate que :

L'une de ses laborantines présente une mononucléose infectieuse. L’étude de son sérum montre :

AVANT 

Þ

Mononucléose

Þ

APRES

Ac anti EBV = 0

   

 

Ac anti EBV +++

De plus, ses lymphocytes ont acquis la capacité de cultiver in vitro
L'EBV est donc l’agent de la MNI.

  1. Primo-infection

Presque toujours inapparente (précoce dans les pays pauvres)
Chez l’adolescent, la primo-infection est la Mononucléose Infectieuse (MNI) : c’est une maladie lympho-proliférative bénigne.
L’incubation est longue : 30 à 50 jours
L'affection se caractérise par l'apparition des signes cliniques suivants :

L’exanthème est quasiment certain si le sujet reçoit de l’ampicilline (il s’agit d’une réaction d’intolérance qui n’est pas de nature immunologique)
La rupture de la rate est une complication possible.

  1. Résurgence
  2. Elle est silencieuse et se traduit uniquement par une excrétion oro-pharyngée du virus qui peut contaminer un sujet séronégatif.
     

  3. Pathogénie de l’infection

Le virus pénètre par la voie respiratoire.
C’est un virus fragile et le contact infectieux doit être étroit (c’est la maladie du baiser profond...)
Le virus se multiplie localement dans les ganglions lymphatiques (il est présent dans la salive). La phase virémique permet ensuite au virus de se fixer aux lymphocytes B.

Dans les lymphocytes B :

VIRUS

Noyau

Protéines précoces

Réplication

Capside

Assemblage

Ag

EBNA 

(EB nuclear Ag)

EA 

(early Ag)

 

VCA 

(viral capside Ag)

 

Ac

3

2

 

1

 

  1. Diagnostic de laboratoire


Numération et formule sanguines (NF)

Recherche des anticorps hétérophiles

Positif, le test doit alors être contrôlé par la réaction de Paul-Bunnell et Davidson (PBD) car il pêche par excès. Le sérum peut en effet contenir d’autres anticorps hétérophiles qui ne sont pas caractéristiques de la mononucléose infectieuse.

Recherche des anticorps spécifiques

  1. Virus EB et Cancer
    1. Tumeur à localisation maxillaire
    2. D'abord rencontrée en Afrique équatoriale (Ouganda), région de pluies et de paludisme. Des études ultérieures permettent de montrer que ce lymphome n’est pas limité à cette région. C'est le "lymphome endémique", caractérisé par la prolifération maligne d’un clone de lymphocytes B, qu'on peut immortaliser in vitro. Dans le lymphome endémique, la présence du virus EB EST CONSTANTE : les cellules tumorales contiennent les Ag viraux et le génome viral. Le taux des anticorps anti-VCA est par ailleurs 10 fois supérieur au taux des patients atteints de MNI.

      Dans le lymphome non endémique, la présence du virus EB est rare et la localisation de la tumeur variable (abdominale souvent).

      L'EBV est donc mondialement répandu mais le lymphome de Burkitt n'existe que dans certaines régions -- il existe des " cofacteurs ".

      Hypothèse : prolifération lymphocytes B et immunosuppression du paludisme (hyperendémique dans ces régions) favoriseraient la transformation maligne par l’EBV (???)

    3. Tumeur du nasopharynx

Rencontrée en Chine du Sud (province de Canton), ce carcinome se caractérise par la prolifération maligne de cellules épithéliales siégeant dans l’espace rétronasal.

Le génome EBV est présent dans les cellules tumorales et le taux des IgG et surtout des IgA anti-VCA est de 50 à 100 fois plus élevé que chez les patients atteints de MNI.

Un déterminisme génétique a été incriminé : certaines familles sont atteintes préférentiellement et le risque est associé à certains haplotypes HLA.

Des facteurs liés au mode de vie semblent également intervenir dans la génèse du carcinome, qui s'observe à même fréquence chez les émigrés que chez les Chinois restés en Chine mais à moindre fréquence chez la descendance des émigrés… : l'alimentation, et en particulier la consommation de poisson fumé (riche en nitrosamines) a été plus particulièrement mise en cause.
 

CONCLUSION : l'étiologie est sans doute plurifactorielle et le virus n’est qu’un cofacteur.

 
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